Le Système  ›  Partie IV · L’économie

§10 · Partie IV

Les deux couches de la monnaie

La monnaie n’est pas abolie, elle est rétrogradée. Elle conserve ses deux fonctions utiles, couche de règlement et numéraire commun, mais perd son rôle de mesure unique de la valeur : elle devient un axe parmi dix, non l’axe auquel tous les autres se réduisent silencieusement. Séparer la fonction comptable de la monnaie de sa suprématie civique, c’est tout le geste.

Le démurrage ne s’applique qu’aux soldes oisifs de la couche protégée de circulation essentielle, où il maintient en mouvement le moyen d’échange garanti. L’épargne méritée dans la couche de règlement libre est protégée contre toute charge imposée au seul motif qu’elle est détenue. L’exposition ordinaire à une règle publiée de rente, de préjudice ou de concentration reste distincte du démurrage.

Ce que cela signifie

La monnaie n’est pas abolie, elle est détrônée. L’Axiacratie conserve les deux fonctions honnêtes de la monnaie, solder les obligations et fournir une unité commune pour les choses échangées, mais lui ôte sa suprématie civique : la monnaie est un axe parmi dix, une couche comptable, non la mesure de la valeur.

L’architecture monétaire comporte deux couches. Le démurrage ne s’applique qu’aux soldes oisifs de la couche protégée de circulation essentielle, où un léger coût de détention maintient en mouvement le moyen d’échange garanti. L’épargne méritée dans la couche de règlement libre est protégée contre toute charge imposée au seul motif qu’elle est détenue. Une règle publiée de rente, de préjudice ou de concentration peut toujours s’appliquer selon ses propres termes ; cette exposition n’est pas du démurrage et ne doit pas être déguisée en démurrage.

Pourquoi l’Axiacratie en a besoin

Quand la monnaie est l’unique mesure de la valeur, deux défaillances surviennent d’un coup : tout ce qui n’est pas tarifé, la santé, la confiance, une planète vivante, devient invisible à l’État, et tout ce qui est thésaurisable devient une fin en soi, vidant l’économie en créances oisives. Ce § existe pour ramener la monnaie à sa juste taille sans jeter son utilité véritable de registre, pour rétrograder la couronne tout en gardant la pièce.

Comparé à d’autres approches

Contre la pensée de la monnaie forte / de l’étalon-or, qui intronise la monnaie comme réserve de valeur ultime, l’Axiacratie ne lui accorde aucune suprématie civique. Contre la théorie monétaire moderne, qui traite la monnaie en pur instrument de l’État, l’Axiacratie maintient la discipline de marché par un ancrage à un prix vivant. Son explication du pourquoi la monnaie fait la loi (ses « propriétés essentielles », le taux propre qui décline le plus lentement) est celle de Keynes (Keynes), et l’instrument du démurrage est celui de Gesell, approuvé par Keynes. Traiter la monnaie en marchandise fictive, « non produite pour la vente », est le fait de Polanyi (Polanyi). Le crédit que la monnaie mobilise, c’est §13 ; le dividende qu’elle finance, c’est §14.