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§2 · Partie I

Le recadrage : la société comme graphe de transformateurs de valeur

L’Axiacratie redécrit une société non comme un flux d’argent mais comme un graphe de transformateurs de valeur : personnes, entreprises, institutions et systèmes qui consomment, transforment et créent de la valeur selon de multiples dimensions à la fois. La valeur qu’ils font circuler est saisie par le vecteur-Æ : dix axes de valeur (économique, éducatif, scientifique, démographique, cognitif, infrastructurel, stabilité sociale, écologique, sens, épistémique), plus un vecteur indépendant d’anti-valeur, les torts qu’une société produit, comptés pour eux-mêmes.

C’est le recadrage que Polanyi nommait le ré-encastrement : l’économie est une sphère au sein d’une société, non sa totalité, et un État aveugle à tout sauf à la valeur d’échange gouverne mal le reste. Le vecteur-Æ est le moyen de rendre l’image entière visible et, surtout, gouvernable, sans réduire chaque forme de valeur à un nombre unique.

Ce que cela signifie

Le recadrage est un redessin littéral. Au lieu d’un flux d’argent, une société est un graphe : les nœuds sont des transformateurs de valeur (personnes, entreprises, institutions, écosystèmes) et les arêtes sont des flux de valeur, chacun déplaçant de la valeur le long de dix axes à la fois. Une infirmière, en termes monétaires, est une ligne de salaire ; en termes de vecteur-Æ, elle déplace de la valeur sur les axes de la santé, de la stabilité sociale et du sens, pour l’essentiel invisible au PIB. Une plateforme sociale peut être positive pour le PIB grâce aux recettes publicitaires tout en étant profondément négative sur les axes cognitif et épistémique. Le recadrage rend à la fois la contribution non comptée de l’infirmière et le dommage non compté de la plateforme visibles sur la même carte.

Élément crucial, les axes ne sont que partiellement commensurables : on ne peut convertir en silence de l’air pur en euros. Ils ne peuvent être comparés que là où un vote a fixé une pondération entre eux, ce qui est précisément la discipline que construisent les sections suivantes.

Pourquoi l’Axiacratie en a besoin

Parce qu’on ne peut gouverner ce qu’on ne peut voir. Un État qui ne mesure que l’argent est structurellement aveugle aux biens et aux maux qui décident réellement si une société prospère ou pourrit, et il optimisera le seul chiffre dont il dispose, entraînant les neuf autres vers le bas. Ce § existe pour doter l’Axiacratie d’un langage pour la totalité de la valeur, afin que la gouvernance puisse viser la société plutôt que son bilan comptable.

Comparé à d’autres approches

Elle va au-delà de la comptabilité du PIB, dont l’architecte lui-même, Kuznets, avertissait qu’il ne fallait jamais le lire comme le bien-être national. Elle fait écho à la tradition de l’« au-delà du PIB » (le donut de Raworth, le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi) mais s’en écarte sur un point : ces tableaux de bord rapportent davantage de dimensions ; l’Axiacratie rend le vecteur gouvernable, une chose sur laquelle l’État agit et qu’il ne se contente pas de publier. Sa racine la plus profonde est l’encastrement de Polanyi : l’économie est une sphère au sein d’une société, non la totalité de celle-ci (Polanyi). La machinerie formelle suit dans le substrat (§4) et la mesure (§5).